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Richesse économique vs inégalités sociales criantes : le paradoxe ivoirien

  • Photo du rédacteur: La Plume Acerbe
    La Plume Acerbe
  • 26 févr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 févr.

Chronique Express


 

Abidjan brille.

Les tours du Plateau se dressent fièrement comme un symbole de prospérité. Les rapports économiques s’enflamment : croissance à 6 %, investissements étrangers en hausse, émergence en marche. On applaudit, on célèbre, on coupe des rubans. Mais si l’on tend l’oreille un instant, les applaudissements sont couverts par un autre bruit, celui d’un ventre vide.

Car derrière cette façade de modernité, la réalité frappe : près de 40 % des Ivoiriens vivent encore sous le seuil de pauvreté, survivant avec moins de 2000 francs CFA par jour. Et pendant ce temps, les 10 % les plus riches accaparent des revenus qui feraient tourner la tête à bien des chefs d’État.

Il suffit de se promener dans Abidjan pour comprendre ce paradoxe.

D’un côté, Cocody et ses villas luxueuses, où les jardins sont plus grands que les écoles publiques d’un village. De l’autre, Abobo ou Yopougon, où des familles entières vivent dans des baraques en tôle, espérant qu’une pluie un peu trop forte ne les emportera pas avec leurs maigres biens. Dans les campagnes, les enfants marchent des kilomètres sur des pistes poussiéreuses pour rejoindre une école dont les murs s’effritent, tandis qu’Abidjan s’offre des échangeurs flambant neufs.

Tout ceci sous les yeux d’un gouvernement qui se félicite de "l’émergence" à grands coups de conférences et de chiffres creux.


Mais les chiffres, parlons-en.

On nous vante une croissance annuelle impressionnante, mais le coefficient de Gini, cet indicateur des inégalités de revenus, nous dit une autre vérité. Ce chiffre, élevé et obstinément stagnant, ne ment pas : la richesse se concentre entre quelques mains bien connectées pendant que la majorité se débat pour survivre.

Les paysans, ces piliers invisibles de l’économie ivoirienne, travaillent sans relâche pour produire 40 % du cacao mondial, mais leurs revenus sont si faibles qu’ils peinent à envoyer leurs enfants à l’école.

Pendant ce temps, des entreprises multinationales engrangent des milliards sur leur dos, dans une indifférence presque institutionnalisée.


Et que dire de la modernité ?

Les infrastructures, symbole par excellence de cette émergence autoproclamée, en disent long sur les priorités du pays.

Oui, les routes sont belles... dans les quartiers huppés.

Oui, les écoles privées s’équipent de tablettes et de bibliothèques flambant neuves... pour les enfants d’une élite déjà privilégiée.

Mais pour la majorité, l’accès aux services de base reste un luxe.

Une famille rurale doit parfois choisir entre soigner un enfant malade ou nourrir les autres. L’éducation gratuite n’a jamais été aussi coûteuse, et les soins médicaux ? Mieux vaut ne pas tomber malade si vous n’avez pas les moyens.


L’ironie dans tout cela, c’est que l’on parle toujours de "potentiel". Potentiel économique, potentiel humain, potentiel naturel. La Côte d’Ivoire serait pleine de potentiel, dit-on.

Mais à quoi sert le potentiel si ceux qui devraient en bénéficier sont systématiquement exclus du partage des fruits ? Le pays regorge de ressources, mais celles-ci semblent n’avoir qu’un seul itinéraire : du peuple aux poches des puissants.

On pourrait espérer que cette fracture sociale suscite une prise de conscience.

Mais non.

Les élites, enfermées dans leurs tours d’ivoire, semblent avoir adopté une politique de l’autruche. Mieux vaut afficher une croissance à deux chiffres dans les rapports internationaux que de regarder en face la misère qui gangrène le pays.

La réalité, c’est que l’émergence est devenue une marque déposée, un produit à vendre aux investisseurs étrangers, au détriment d’un véritable progrès social.


Et pendant que l’on parle d’émergence, les Ivoiriens attendent. Ils attendent que les promesses de développement se traduisent en emplois décents, en écoles dignes de ce nom, en hôpitaux équipés. Ils attendent que cette croissance cesse d’être un mirage réservé à une poignée de privilégiés.


Mais combien de temps encore accepteront-ils d’attendre ?


Car une société ne peut survivre éternellement à de telles inégalités. L’histoire est pleine d’exemples de pays où les disparités sociales ont fini par exploser en révoltes. Et si rien ne change, la Côte d’Ivoire risque de devenir un autre chapitre de ce manuel des illusions perdues.


L’émergence ivoirienne, finalement, n’est-elle pas qu’une belle histoire qu’on raconte aux conférences internationales ?

Une fiction où tout le monde est prospère, mais où seuls quelques-uns touchent les dividendes ?

Si c’est cela l’émergence, alors il est temps de réécrire le scénario.

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