Les cadeaux de la République : Range Rover pour les uns, Gbaka pour les autres
- La Plume Acerbe
- 5 mars
- 2 min de lecture
Chronique Express
Dans notre chère Côte d’Ivoire, il est une tradition qui perdure et se bonifie avec le temps : les "cadeaux de la République". Une expression noble qui masque à peine une réalité plus triviale : la générosité de l’État quand il s’agit d’arroser les puissants, pendant que le citoyen lambda, lui, doit se débrouiller avec des hausses de prix et des infrastructures précaires.
Autrefois, un petit 4x4 suffisait à symboliser la reconnaissance du pouvoir. Sous Gbagbo, on distribuait des Toyota RAV4, sobres mais fonctionnels.
Aujourd’hui, le standing a évolué : place aux Range Rover et autres véhicules de luxe pour ministres, chefs traditionnels et autres dignitaires bien en cour.
La République, toujours aussi maternelle avec ses enfants privilégiés, n’a pas lésiné sur les moyens.
Au moment où ces bolides rutilants défilent sur nos routes, Marie, elle, patiente sous un soleil de plomb pour attraper un gbaka bondé, dont l’état mécanique frôle la catastrophe industrielle.
Mais bon, que la plèbe se rassure : le goudron est en bon état… sur les axes que les officiels empruntent.
Ailleurs ? Ce sont les suspensions des citoyens qui font les frais du bitume fatigué.
Les défenseurs de ces largesses justifient l’opulence par la nécessité d’honorer ceux qui "rendent service à la Nation".
Les chefs traditionnels, par exemple, se voient attribuer des véhicules pour mieux "remplir leur mission".
Une question se pose alors : leur mission ne pouvait-elle pas être assurée avec des véhicules plus modestes ?
Ou mieux encore, ne serait-il pas plus efficace de leur garantir des budgets de fonctionnement dignes au lieu de leur offrir des voitures qu'ils devront eux-mêmes entretenir ?
Le véritable enjeu de ces "cadeaux" n’est pas leur coût immédiat, mais ce qu’ils symbolisent : une élite politique qui prend soin d’elle-même, pendant que la majorité lutte pour des services de base.
On parle de millions dépensés pour des voitures, alors que des écoles manquent de tables-bancs, que des hôpitaux manquent de lits et que des enseignants attendent encore des primes impayées.
On pourrait naïvement croire que l’État fonctionne comme un bon père de famille, gérant son budget en fonction des priorités nationales. Mais en réalité, il ressemble plutôt à un parent qui, au lieu de payer les frais de scolarité de ses enfants, préfère s’acheter une voiture haut de gamme pour épater le voisinage.
Après tout, qu’est-ce qu’un budget d’éducation face au prestige d’un cortège officiel ?
Ces largesses sont financées par nos impôts, nos taxes, et ces "ajustements budgétaires" qui finissent toujours par impacter le citoyen.
Derrière chaque voiture offerte, il y a un hôpital sous-équipé, un étudiant avec une maigre bourse, une route en chantier permanent.
Mais rassurez-vous : demain, un officiel viendra nous expliquer pourquoi il faut encore "faire des sacrifices pour le développement du pays".
En attendant, Marie attend toujours son gbaka.
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